Union Nationale des Amis et Familles de Malades Psychiques

Le handicap psychique

Spécificité du handicap psychique.

La maladie mentale ne se guérit pas encore. Les traitements (psychothérapeutiques, pharmacologiques) peuvent améliorer en aidant à contenir les troubles, en atténuant certains symptômes; ils permettent ainsi des périodes d'équilibre plus ou moins longues: "stabilisations". La fragilité demeure, handicapante.

Quatre spécificités importantes 

  1. Forte liaison avec le médical
    • Mais non reconnaissance de la maladie (anosognosie)
      Ces personnes ne pensent pas qu'il s'agit d'une maladie. Ils affrontent ainsi seuls, angoisses, conflits internes, échecs, explosions de violence... Et "fuient" tout ce et tous ceux qui pourraient les aider à vivre mieux.
    • Ils ont besoin de soins, en auront toujours besoin et les refusent. Même après de longues périodes d'acceptation des soins, régulièrement (mais de moins en moins souvent au fur et à mesure de leurs expériences) ils stoppent leurs traitements médicamenteux et psychothérapeutiques.
    • Le poids du traitement médicamenteux est réel et plus ou moins important, même si les médecins tentent toujours de diminuer les effets secondaires néfastes (raideur musculaire, lenteur d'idéation, somnolence, prise de poids..).
  2. Variabilité. : le handicap est durable mais n'est jamais figé. La variabilité peut être à l'échelle d'une période plus ou moins longue de la vie ou à l'échelle de la semaine ou même de la journée. Dans le quotidien, une grande variabilité de comportement et des aptitudes, l'imprévisibilité de leur humeur et de leurs capacités est déconcertante; elles provoquent découragement et épuisement des bonnes volontés de l'entourage :
    - changements brusques d'attitude envers autrui et de leur propre activité,
    - variation du rythme d'activité selon l'heure, le jour, la personne présente...,
    - contraste entre les potentialités connues et le niveau déployé, la lenteur, la fatigabilité ...
  3. Déficit relationnel : le plus souvent, ils se perçoivent comme au centre des relations, et ont de grandes difficultés à concevoir les réactions des autres.
  4. Déficit cognitif : en principe le handicap psychique ne porte pas sur le potentiel intellectuel, leur capacité initiale est attestée par leur parcours antérieur et c'est un élément essentiel de leur réassurance.
    Cependant toute leur énergie, toutes les fonctions intellectuelles sont centrées pour faire face à ce qui déstructure leur perception du monde. Leurs capacités cognitives ne sont pas disponibles dans les phases de crise, (sans qu'ils ne le perçoivent). A côté des troubles de la pensée liés à l'invasion du délire ou de préoccupations, on doit prendre en compte des déficiences cognitives moins visibles mais repérés quand on vit en proximité avec ces personnes:
    • Difficulté à concentrer son attention un certain temps, à maintenir la vigilance. Par exemple difficulté à suive une conversation avec plusieurs interlocuteurs.
    • Difficulté à mémoriser et garder à l'esprit des informations pour une période de temps requise : oubli de consignes, pas plusieurs messages à la fois.
    • Difficulté à planifier, élaborer, entreprendre et poursuivre un projet.
    • Difficulté à passer d'une activité à une autre, à terminer une action: difficulté et instabilité du choix et de la prise de décision.
    • Lenteur à former et enchaîner des idées.
    • Erreurs d'analyse de contexte et erreurs d'attribution d'intentions. Leur perception du monde est autre, mal construite et perturbée par la confusion entre ce qui vient d'elles-mêmes et ce qui vient de l'extérieur (hallucinations, perceptions erronées et floues...). Ces difficultés résultent du trouble premier, de la difficulté à différencier soi et l'autre, soi et la réalité. La personne manque de points d'appui pour établir des repères entre ses idées et la réalité. Et ces fausses perceptions alimentent leurs sentiments de persécutions et leurs délires.
    • Fatigue pour des actes à priori banaux et inquiétude-méfiance devant tout ce qui change, est nouveau.

    De plus, à terme, l'évolution de la maladie, l'absence d?activité professionnelle et sociale régulière, et l'effet des médicaments pris sur une longue période, entraînent une diminution de leurs capacités de mobilisation intellectuelle.